Andrew Linzey (titulaire de la première chaire mon
" Les animaux ne sont pas notre propriété ; ils ne sont pas « un bon produit ». Ils sont précieux aux yeux de Dieu ; leur unique raison d'être n'est pas d'être mangés ou exploités.
La croix du Christ nous a révélé que Dieu s'identifie aux créatures vulnérables, faibles, sans pouvoir et particulièrement à tous les êtres innocents sans protection ni sans défense.
La souffrance du Christ est symbole de toutes les souffrances des hommes. Elle est aussi symbole de toutes les souffrances des animaux. Nous qui avons compris, à cause de la croix de notre Seigneur, notre solidarité avec tous les crucifiés et l'horreur de leur sort, nous comprenons aussi notre solidarité avec les animaux innocents et l'horreur de leur sort.
Jésus-Christ était attentif à la souffrance des autres êtres ; mais aujourd'hui notre attention est détournée.
En Espagne, aucun évêque catholique ne s'oppose aux courses de taureaux.
Au Canada les évêques anglicans et catholiques autorisent la chasse aux phoques et aux autres animaux à fourrure.
En Norvège, les pasteurs acceptent la pêche à la baleine.
En Irlande, des prêtres catholiques chassent à courre.
En Angleterre, le Synode général anglican permet la chasse sur les terres appartenant à l'Église.
Ceci n'est d'ailleurs pas nouveau : au milieu du XIXe siècle, le pape Pie IX a interdit la création à Rome d'un bureau pour la protection des animaux, car, disait-il, ceux-ci ne présentaient aucune valeur intrinsèque.
Et il est courant d'entendre dire dans les pays catholiques que notre attitude à l'égard des animaux ne relève pas de la morale.
Pourtant s'imaginer que Dieu ne s'intéresse qu'au salut des hommes et reste indifférent à la souffrance de ses créatures contredit toute la Bible.
Parce qu'il est est bon, juste et saint, Dieu ne saurait refuser son salut aux êtres qui souffrent. "
" Des centaines de prêtres et de pasteurs de toutes les dénominations religieuses organisent de nos jours de telles célébrations, dans le Royaume Uni, en Europe continentale et de plus en plus aux Etats-Unis. La plupart ont lieu le 4 octobre, Journée mondiale des animaux et fête de saint François d'Assise.
Il est vrai que certains se méfient d'un sentimentalisme de mauvais aloi.
[...]
D'abord, les animaux sont des créatures de Dieu. Mais aussi le récit biblique de Genèse 1 dit que les animaux ont été créés comme nous le 6e jour de la création et que le Créateur les a bénis. Il leur a donné l'espace de vivre et de s'épanouir. Il leur a donné leur âme, leur vie (l'hébreu dit « nephesh »).
Tous les êtres vivants sont inclus dans l'Alliance que Dieu conclut avec la terre.
La Conférence mondiale des évêques anglicans de Lambeth 1998 affirme que « le dessein rédempteur de Dieu s'étend à toute la création ».
C'est pourquoi il est bien que nous développions un sens de camaraderie avec les autres êtres vivants, comme le font déjà ceux qui ont un animal de compagnie.
Je reconnais que certaines célébrations incluant des animaux sont surtout tissées d'émotivité enfantine. Mais en prenant de l'âge je deviens indulgent et je découvre que beaucoup de gens qui aiment leurs animaux se permettent de penser que Dieu en fait autant !
On pense souvent que le sentiment est déplacé. Et en effet le Catéchisme de l'Église catholique de 1994 dit en son paragraphe 2418 : « On peut aimer les animaux ; on ne saurait détourner vers eux l'affection due aux seules personnes ».
Cette phrase semble suggérer qu'il n'existe dans le monde qu'une quantité limitée d'amour qu'il ne faudrait pas la gaspiller avec les animaux. Mais ce n'est pas le cas, comme le prouve les nombreux saints catholiques par l'extraordinaire amour pour toutes les créatures.
Néanmoins la sentimentalité ne suffit pas et une réflexion théologique est nécessaire.
Si Dieu aime la création et en prend soin, la seule espèce vivante créée à l'image de Dieu ne devrait-elle pas montrer la même sollicitude aimante ?
Si notre domination du monde animal n'est pas un droit en soi mais nous est donnée par Dieu, ne devrions-nous pas l'exercer dans l'esprit de respect et de générosité que nous reconnaissons dans la vie de Jésus ? Au lieu de dire que les animaux sont « faits pour nous », ne serait-il pas plus fidèle à la pensée biblique de dire que les humains sont faits pour servir et garder le monde que Dieu a créé ?
L'idée traditionnelle de la supériorité humaine laisse la place à la conception théologique beaucoup plus profonde selon laquelle Dieu ne s'intéresse pas seulement à l'homo sapiens. L'archevêque Robert Runcie a écrit : « aujourd'hui où nous découvrons l'unité du cosmos et l'interdépendance de toutes choses, une préoccupation portant sur l'humanité seule paraît bien étroite ».
Les célébrations impliquant des animaux fournissent donc l'occasion d'exprimer des vérité théologiques fondamentales comme la contemplation émerveillée de la création divine, la prise de conscience de l'amour de Dieu pour tous les êtres du monde et l'incitation à y entrer nous aussi et aussi, bien sûr, la nécessité de nous repentir de notre prétention et de notre avidité dans l'exploitation abusive du monde animal.
De plus, les gens qui ont des animaux, font fréquemment la découverte élémentaire mais néanmoins profonde, que ceux-ci ne sont ni des machines ni des marchandises anonymes, mais des êtres ayant reçu de Dieu une vie, une individualité et une personnalité propres. C'est ce genre de découverte qui peut nous aider à progresser dans la connaissance mutuelle avec nos prochains, dans le partage et l'altruisme.
Loin de dénigrer ces choses en les qualifiant, comme c'est trop fréquemment le cas, d'obsession, de sensiblerie et d'exagération, les Églises pourraient s'appliquer à en montrer la signification théologique et l'exemple qu'elles donnent de l'amour divin.
On objecte fréquemment le désordre que provoquent les animaux dans les célébrations. Mais leur présence a une profonde importance symbolique, à laquelle l'assistance est généralement sensible : c'est le retour du monde de la Nature que les théologiens avaient exclu ; c'est une occasion concrète d'entrer dans la louange avec toute la création.
Et le bruit ? Même lorsqu'un aboiement interactif se fait entendre (et cela arrive), je fais souvenir aux fidèles que si saint François d'Assise a pu prêcher aux oiseaux, Andrew Linzey peut bien se laisser interpeller par un chien ! "
Prière
Tout animal de la terre et tout oiseau du ciel ... Genèse 1
" Créateur saint
Nous te remercions pour la fraternité que tu nous as donnée avec les autres créatures
qui, comme nous, reçoivent de toi leur existence.
Accorde-nous de les protéger,
comme tu le fais toi-même,
d'un coeur compatissant.
Mais d'abord pardonne-nous l'indifférence et la cruauté de notre monde,
et la nôtre parfois, à leur égard
Dieu tout-puissant
tu nous as donné pour un temps
la souveraineté sur ta belle création.
Mais nous avons mal utilisé notre pouvoir
nous avons oublié notre responsabilité
et dégradé ton image en nous.
Pardonne surtout, ô Dieu,
notre dureté et notre cruauté envers les animaux.
Conduis-nous sur le chemin que nous a montré ton Fils Jésus-Christ,
dont l'autorité s'exprimait dans l'humilité
et la seigneurie en esprit de service.
Que ton Esprit ouvre en nous une nouvelle vie,
afin que nous guérissions les blessures,
que nous nous détournions de l'erreur
et que nous apportions la paix à toutes tes créatures.
Dieu d'éternel amour,
toi qui pardonnes toujours
renouvelle nos coeurs
et rapproche-nous de toi dans ta nouvelle création.
Amen. "
« A l'Éternel la terre et ce qui la remplit » Psaume 24.1
Dieu de l'univers
Toutes les créatures te louent.
Le soleil couchant qui illumine les eaux
Les oiseaux dans le ciel
Le grondement de l'ours
L'épine de la vive.
Le ronronnement du chat
Le regard perçant du tigre
La course du guépard
La danse du lièvre
Le lapement du chien
Le vol de la colombe.
Dieu attentif,
tu écoutes le chant de tes créatures
et tu en fais une symphonie.
Christ présent en toutes choses
Dans les vagues sur le rivage
Dans la beauté du crépuscule
Dans les parfums du printemps
Dans le chant de nos coeurs
Dans les baisers des amoureux
Et dans les cris des innocents.
Donne-nous ta joie, Seigneur,
et ton regard d'amour pour le monde
que tu nous offres.
Grand Dieu
immense Dieu
fais-nous prendre conscience de la petitesse de nos vies
lorsque tu n'y es pas.
La petitesse de nos pensées
quand leur manque ton inspiration.
La petitesse de nos coeurs
quand ton amour leur fait défaut.
Élargis, nous t'en prions,
nos coeurs et nos esprits
afin que dans notre respect pour toutes choses
et dans l'amour que nous leur portons
et nous soyons signes de ton Royaume.
Amen. "