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Art

  • Qui je suis, ce que je pense

  • Portrait de Bardot en jeune homme : Jordan Barrett

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    Jordan Kale Barrett est un mannequin australien de vingt ans. 

     

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    Il est pour moi le parangon de l'homme-enfant,

    le double masculin de Bardot au même âge. 

     

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    Un rêve incarné, qui comble ma soif esthétique - d'ordinaire inextinguible.

     

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    Atout non négligeable : on le dit végan

     

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    Souhaitons qu'il allie la beauté parfaite au parfait engagement, bien que le travail de mannequin - à moins de faire preuve d'une autorité sans faille devant les créateurs qui vous rémunèrent - expose à porter des matières animales, ce qui se confirme sur nombre des photos que j'ai pu voir de l'adorable jeune homme...

     

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    Alors espérons qu'il gagne en autorité et surtout en maturité afin de mériter ses galons - puisque la beauté n'est rien sans l'esprit.

     

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    Le milieu de la mode hélas ne prédispose guère qu'à la superficialité et aux "misérables miracles" qui vont avec.

     

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    En attendant...

     

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    ... et pour paraphraser Gertrude Stein :

     

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    "A boy is a tiger is a boy is a tiger."

     

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  • La citation du jour : Robert Bresson

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    "Ce qui m'a poussé à faire cette œuvre, c'est le gâchis qu'on a fait de tout. C'est cette civilisation de masse où bientôt l'individu n'existera plus. Cette agitation folle. Cette immense entreprise de démolition où nous périrons par où nous avons cru vivre. C'est aussi la stupéfiante indifférence des gens sauf de certains jeunes plus lucides."

     

                                                                                                                       Robert Bresson (1977)

  • La citation du jour : Stephen King

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    "J'ai peu d'indulgence pour les écrivains qui ne prennent pas leur boulot au sérieux et je n'en ai aucune pour ceux qui voient l'art du récit de fiction comme fondamentalement éculé. Ce n'est pas un art éculé. Ce n'est pas non plus un amusement littéraire. C'est l'un des moyens essentiels dont nous disposons pour essayer de donner du sens à nos vies et au monde souvent terrible que nous voyons autour de nous."

                                                                                                                      Stephen King (2009)

  • La citation du jour : Karl Kraus

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    Jan Fabre, un nain parmi d'autres, ici avec un morceau du corps d'un animal sur l'épaule pour les"besoins" d'une "performance".

     

    "Quand le soleil de la culture est bas sur l'horizon,

    même les nains projettent de grandes ombres."

     

    Karl Kraus

  • Le poème du jour : "Ainsi soit le vers", Philip Larkin

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    This Be The Verse
     
    They fuck you up, your mum and dad.   
    They may not mean to, but they do.   
    They fill you with the faults they had
    And add some extra, just for you.
     
    But they were fucked up in their turn
    By fools in old-style hats and coats,   
    Who half the time were soppy-stern
    And half at one another’s throats.
     
    Man hands on misery to man.
    It deepens like a coastal shelf.
    Get out as early as you can,
    And don’t have any kids yourself.
     
    Philip Larkin, "This Be the Verse" from Collected Poems.
    Copyright © Estate of Philip Larkin.  Reprinted by permission of Faber and Faber, Ltd.
    Source: Collected Poems (Farrar Straus and Giroux, 2001)
     
    * * *
     

    Ainsi soit le vers

     

    Ils te bousillent, papa et maman.

    Ce n’était pas leur but, mais pourtant

    Ils te remplissent de tous leurs défauts

    Puis en ajoutent deux trois, en cadeau.

     

    Car ils ont été bousillés naguère

    Par des idiots en habits d’avant-guerre,

    Un jour sur deux tendres et guindés

    Et le reste du temps à s’étriper.

     

    Ainsi l’homme lègue à l’homme la misère

    Toujours plus bas, comme le fond des mers

    Alors fuis tant qu’il est encore temps,

    Et abstiens-toi d’avoir des enfants.

     

    (Traduction française : François Charton)

     

  • Nobel de littérature 2016 : ferraille à vendre !

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    Les écrivains (les vrais), déjà victimes de la désaffection générale due à l'ignorance des générations actuelles qui ne savent plus lire ou qui s'ennuient en lisant, se voient en plus piquer les prix qui leur reviennent de droit par des chanteurs. Demain par des acteurs ?

     

    Joyce Carol Oates et Philip Roth, pour ne citer qu'eux, méritaient ce Nobel.

     

    Qu'un Dylan (dont le talent est incontestable, mais ce n'est pas de talent qu'on parle) rafle la mise à leur place est consternant et en dit long sur notre époque et le relativisme aberrant de ses valeurs.

     

    Nous aurons donc tout soldé, y compris (surtout ?) la littérature.

     

    Comme disait Burgess, "ferraille à vendre" !

  • Parution aux éditions du Rocher de "La Caricature de Dieu", recueil de nouvelles engagées

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    http://www.laprocure.com/caricature-dieu-meryl-pinque/9782268076294.html

    Le mot de l'éditeur :

    http://www.editionsdurocher.fr/

    "L’humanité n’est même plus une légende, elle est un mythe", disait Romain Gary.

    Méryl Pinque concasse ce mythe avec jubilation au fil des pages.

    Jeu de massacre et vœu d'abjuration, La Caricature de Dieu est
    aussi un cri. En exhibant la face blafarde d’une modernité dont on détourne souvent les yeux, l’auteure nous force à l’affronter. Et cette confrontation est bizarrement jubilatoire.

    Les treize nouvelles réunies ici sont autant de chapitres d’une tragédie dont l’hécatombe est la seule issue. Puisque l’hécatombe est le happy end de la tragédie.

    L’écriture conjuratoire enrôle le lecteur dans la section d’assaut des causes forcément perdues, car le mal mène le monde.

    Comme tout vrai écrivain, Méryl Pinque sait qu’à l’instar du tragique qui se trouve à la limite entre le sublime et le ridicule, le vrai se tient à la frontière du réel et de l’imaginaire.

    Autre présentation sur le site de la Fnac : http://livre.fnac.com/a7325982/Meryl-Pinque-La-caricature-de-Dieu

    Pour Méryl Pinque l'homme est la caricature de Dieu.
     
    Dans ce recueil de nouvelles, elle parle souvent du mal. Notre modernité ne lui fait pas peur. Elle l'aborde crument, avec force et violence. Sans fard et sans emphase. Certaines nouvelles, comme "L'Alibi" qui met en scène une fête hyper art et jet set à Berlin où les animaux sont tués en masse pendant des « performances » festives, sont des morceaux d'anthologie.
     
    Plus que des tranches de vie, ces nouvelles sont autant de gros plans sur notre modernité qui n'est pas toujours très belle. Mais, comme tous les grands auteurs de nouvelles (Maupassant, Tchékhov, Carver), Méryl Pinque ne démontre rien, elle raconte des histoires. Histoires qui se passent aux quatre coins du monde, mais qu'unit une vision particulière de l'homme et de sa condition.
     
    Seuls les grands écrivains révèlent le monde au travers du chaos apparent. C'est le cas de Méryl Pinque dont les nouvelles scrutent de manière unique le magma de la postmodernité. Ce faisant, elle fait sienne la fameux mot de Romain Gary : « L'humanité est un mythe. »
    • Editeur : Le Rocher (28 août 2014)
    • Collection : LITTERATURE
    • ISBN-10: 2268076296
    • ISBN-13: 978-2268076294

    ********************************************************************************

    Critique d'Emile Cougut parue sur le site culturel de la ville de Metz :

    http://www.wukali.com/La-caricature-de-Dieu-de-Meryl-Pinque-un-livre-a-recommander#.VD-mehZpG2A

  • Nouveauté jeunesse : "Vegan is Love", de Ruby Roth (éd. L'Age d'Homme)

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    12/2013 48 p. 978-2-8251-4337-7

    Album enfant

    « Comme c’est merveilleux de se dire qu’en ce moment même, chacun, petit ou grand, a le pouvoir de créer un monde plus beau ! N’attendons pas des changements de lois ou l’élection de présidents. Nous pouvons commencer maintenant.

    Nous pouvons choisir de vivre sans utiliser les animaux pour nous nourrir, nous vêtir ou nous divertir. Nous décidons d’être vegans, car c’est meilleur pour la santé, pour les animaux et pour la planète. Et ça, c’est de l’amour.

    Beaucoup de gens savent que des animaux à travers le monde sont maltraités. Pourtant, ils préfèrent ne pas y penser. Nous, les vegans, nous préoccupons de la façon dont nos choix aident les animaux ou leur font du mal. Nous sommes libres de créer la paix ou la souffrance dans le monde.

    Nos choix sont puissants. »

    Ruby Roth est une artiste et illustratrice qui vit à Los Angeles, en Californie. Végane depuis 2003, elle a découvert l’intérêt qu’ont les enfants pour le végétarisme et le véganisme alors qu’elle donnait des cours d’arts visuels.

    http://www.lagedhomme.com/boutique/fiche_produit.cfm?ref=978-2-8251-4337-7&type=47&code_lg=lg_fr&num=0

  • "Va faire chauffer la marmite dans la grotte" (Michel Guerrin pour Le Monde)

    http://s1.lemde.fr/image/2013/10/25/534x267/3503013_3_f916_la-chef-d-orchestre-laurence-equilbey-a-paris_ca01277293bffbf003c488837195bead.jpg

    La chef d'orchestre Laurence Equilbey à Paris, le 1er octobre 2013. | AFP/JOËL SAGET

    Dean Snow est un anthropologue audacieux. Pour lui, les auteurs des peintures ornant les grottes préhistoriques seraient des femmes. Le chercheur américain, qui a étudié huit sites en France et en Espagne, se fonde sur la taille des doigts et des mains imprimés dans la pierre. Les détails sont à lire dans Le Journal du dimanche du 20 octobre.

    Peut-être est-ce farfelu. Mais ce qui compte, c'est que pas grand monde n'a envisagé l'hypothèse. En tout cas, pas le préhistorien Jean Clottes, qui répondait ceci, en 2011, déjà dans Le Journal du dimanche : « Ce n'est pas impensable. Mais pour ma part, je ne vois pas des femmes peindre des grands tableaux de chasse. La grande chasse est une affaire d'hommes… »

    La chasse, une affaire d'hommes, et la cuisine une affaire de femmes. Les préjugés ont la vie dure. Notamment dans la culture. Imagine-t-on une femme chef d'orchestre, metteur en scène d'opéra, peintre ? Pas vraiment, puisque les statistiques montrent qu'on est loin de la parité dans la création. Plus loin encore que dans la politique ou le monde de l'entreprise.

    Deux premiers rapports sur la question ont été rendus au ministère de la culture en 2006 et 2009 par Reine Prat, chargée de mission sur la question. Quelques chiffres ont fait l'effet d'une bombe : « 84 % des théâtres cofinancés par l'Etat sont dirigés par des hommes ; 97 % des musiques que nous entendons dans nos institutions ont été composées par des hommes ; 94 % des orchestres sont dirigés par des hommes. 78 % des spectacles que nous voyons ont été mis en scène par des hommes. » Et ainsi de suite.

    De son côté, la chef d'orchestre Laurence Equilbey a piloté un master mené en 2012 par deux étudiants de l'université d'Evry sur les femmes aux postes de responsabilité dans le spectacle. Sa lecture l'a édifiée : « Je ne pensais pas à un tel désastre. »

    La Société des auteurs et compositeurs dramatiques vient pour sa part de compter le nombre de femmes programmées en France, de septembre 2013 à l'été 2014, dans des spectacles : 17 femmes chefs d'orchestre sur 574, 42 femmes solistes instrumentistes sur 271, 181 metteuses en scène sur 730… Dans certains festivals où vous irez, il n'y en aura aucune. La SACD ajoute : « 81,5 % des dirigeants de l'administration culturelle sont des hommes. »

    Ce sont les arts plastiques qui s'en sortent le mieux. Plus de 30 % des artistes exposés en France sont des femmes. Ce n'est pas glorieux, mais moins piteux que dans le théâtre et surtout dans la musique. Ce qui fait sourire Laurence Equilbey : « Je me sens souvent mieux dans une exposition d'art contemporain qu'au concert. » Chargeons un peu la barque en rappelant que, dans le rapport sur les « pratiques culturelles des Français à l'ère numérique » (ministère de la culture, 2009), on apprend que les deux tiers des romans publiés sont lus par des femmes. Autrement dit, les femmes ont de l'appétit pour se cultiver, pas pour créer.

    LE PROBLÈME DE « LA MATERNITÉ »

    Le vent n'est-il pas en train de tourner ? « Les mentalités bougent, et le sujet ne fait plus rire comme avant », dit Laurence Equilbey. Le Sénat a publié en juin un rapport dans lequel il note une « véritable discrimination » culturelle. Le Mouvement HF se fait de plus en plus pressant, avec son manifeste qui entend « démocratiser la culture par la parité ». Il y a quelques jours, le Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles a montré la voie en nommant une femme à sa tête, Madeleine Louarn, directrice du Théâtre de l'Entresort, à Morlaix (Finistère).

    Et puis Aurélie Filippetti fait de la parité un cheval de bataille. La ministre de la culture exige la parité dans les jurys visant à nommer des dirigeants culturels. Et elle vient de rééquilibrer le paysage en nommant Frédérique Bredin à la présidence du Centre national du cinéma, Sophie Makariou à la tête du Musée Guimet, Irina Brook au Théâtre de Nice…

    Ces nominations ont fait grincer. Notamment l'acteur Philippe Caubère, sur le thème : la parité « n'a plus aucun sens dès qu'il s'agit d'art » (Libération daté 15 juillet). Cette réflexion ouvre une question délicate. Il y a plus de 50 % de femmes dans les conservatoires (musique ou théâtre) et plus de 60 % dans les écoles d'art. Pourquoi disparaissent-elles ensuite ? Pourquoi, ajoute Laurence Equilbey, « les filles représentent entre 25 % à 30 % des classes de chefs d'orchestre, mais sont seulement 3 % ensuite à exercer » ?

    Pour le gouvernement, la réponse est claire : les femmes sont discriminées, d'où sa politique de « discrimination positive ». Une autre réponse ouvre un terrain glissant, qui a fait déraper le compositeur en vogue Bruno Mantovani, 39 ans, patron du Conservatoire national de musique, à Paris. Le 3 octobre, sur France Musique, il a listé les raisons qui expliquent le décalage entre apprentissage et vie active pour les chefs d'orchestre : un métier « éprouvant physiquement », qui n'intéresse « pas forcément » les femmes, qui pose le problème de « la maternité ». Ne manquent plus que « l'autorité et la crédibilité » des femmes, et on tient tous les poncifs.

    Mais l'argument le plus souvent entendu chez les décideurs culturels est le suivant : je prends le meilleur, et le meilleur est un homme. Logique, ils sont plus nombreux en place. Laurence Equilbey est favorable à l'excellence, mais elle ajoute : « Pour que les femmes s'aguerrissent, il faut leur donner leur chance. On ne le fait pas. » Elle ne souhaite pas tant une discrimination positive que des « actions positives » envers les femmes. « Sinon, nous resterons dans une culture verrouillée, ce qui donnera un reflet catastrophique de notre société. »

    guerrin@lemonde.fr

    http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/10/25/va-faire-chauffer-la-marmite-dans-la-grotte_3502979_3232.html

  • 3 illustrations de Sue Coe

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    Meat Eater

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    Cruel

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    Global Capitalism Says Eat Dirt

    Sue Coe est une artiste végane britannique :

    http://en.wikipedia.org/wiki/Sue_Coe

  • À un homme partant pour la chasse (Victor Hugo)

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    Oui, l'homme est responsable et rendra compte un jour.
    Sur cette terre où l'ombre et l'aurore ont leur tour,
    Sois l'intendant de Dieu, mais l'intendant honnête.
    Tremble de tout abus de pouvoir sur la bête.
    Te figures-tu donc être un tel but final
    Que tu puisses sans peur devenir infernal,
    Vorace, sensuel, voluptueux, féroce,
    Échiner le baudet, exténuer la rosse,
    En lui crevant les yeux engraisser l'ortolan,
    Et massacrer les bois trois ou quatre fois l'an ?
    Ce gai chasseur, armant son fusil ou son piège,
    Confine à l'assassin et touche au sacrilège.
    Penser, voilà ton but ; vivre, voilà ton droit.
    Tuer pour jouir, non. Crois-tu donc que ce soit
    Pour donner meilleur goût à la caille rôtie
    Que le soleil ajoute une aigrette à l'ortie,
    Peint la mûre, ou rougit la graine du sorbier ?

    Dieu qui fait les oiseaux ne fait pas le gibier.

    Victor Hugo, Dernière gerbe

  • L'albatros (Baudelaire)

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    Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
    Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
    Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
    Le navire glissant sur les gouffres amers.

    A peine les ont-ils déposés sur les planches,
    Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
    Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
    Comme des avirons traîner à côté d'eux.

    Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
    Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
    L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
    L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

    Le Poète est semblable au prince des nuées
    Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
    Exilé sur le sol au milieu des huées,
    Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

    Baudelaire, Les Fleurs du mal

  • Il n'est pas d'art qui ne soit moral

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    « Ah ! esprits ! soyez utiles ! servez à quelque chose.

    Ne faites pas les dégoûtés quand il s’agit d’être efficaces et bons.

    L’art pour l’art peut être beau,

    mais l’art pour le progrès est plus beau encore.

    Rêver la rêverie est bien, rêver l'utopie est mieux.

    Ah ! il vous faut du songe ?

    Eh bien, songez l'homme meilleur.

    Vous voulez du rêve ?

    En voici : l'idéal. »

    Victor Hugo, William Shakespeare

  • Concert classique Rossini le 10 mars à Paris donné par la pianiste végane Michèle Scharapan

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    Venez nombreux à ce concert qui promet d'être magnifique.

    Le cachet de Michèle ira aux animaux.

    Samedi 10 mars 2012 à 20 heures 30


    Gioachino Rossini
    Petite messe solennelle

    Théâtre du Conservatoire National d'Art Dramatique de Paris
    2bis rue du Conservatoire 75009 Paris

    Tarif : 20 € (réduit :15 €)

    Réservation des billets sur le site de la compagnie
    www.lesfoliesdutemps.com

    Version pour douze chanteurs, accordéon et piano

    Distribution :

    Ensemble Vocal des Folies du temps - Orianne Moretti - Sylvie Pascal - Valentine Roos - Mathilde Cardon - Juliette De Cointet - Claire Garraud - Louis Zeitoun - Antonin Caors - Denis Mignien - Arnaud Guillou - Jean-Christophe Marq - Aurélien Pernay

    Piano - Michèle Scharapan

    Accordéon - Anthony Millet

    Direction - Olivier Dejours
     
  • Omne Datum Optimum : "Les Moissons Ecarlates - Requiem pour les Sans-Voix"

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    Je viens de recevoir ce matin Les Moissons Ecarlates, le disque d'Omne Datum Optimum, en vente ici : http://www.cynfeirdd.com/

    Ce disque est une pure merveille artistique. Les textes et la musique sont somptueux, d'une beauté, d'une force et d'une profondeur rares.

    Je vous invite à vous le procurer le plus rapidement possible : c'est de l'art, et de l'art vegan par-dessus le marché.

    Autant dire un joyau.

    Méryl

    ***

    Ci-dessous une interview - excellente - d'Omne Datum Optimum par le magazine Obsküre :

    Omne Datum Optimum

    En complément de l’entrevue parue dans Obsküre Magazine #5, www.obskuremag.net publie ces extraits inédits de notre entretien avec Omne Datum Optimum

    Obsküremag : La forme en requiem s’est-elle imposée d’elle-même pour Les Moissons Ecarlates ?

    Plus ou moins. Au départ, j’avais plutôt imaginé un ‘opéra’, puis en cours de composition, au vu du nombre d’animaux tués (on parle alors en millions d’individus tués chaque jour), une prière pour les âmes des défunts m’a semblé plus appropriée, il m’est alors apparu évident et bien plus juste de composer un requiem, même si ce dernier est un terme un brin présomptueux de ma part si l’on se réfère à ceux écrits jadis par des personnages ô combien plus talentueux que moi…

    Tu as pris le temps pour faire ce disque. Doit-on le voir comme un aboutissement ? La fin de quelque chose ?

    L’aboutissement de 3 ans de composition et de réflexion, d’hésitations et de doutes, d’envie de tout arrêter en cours de route, de tout stopper au moment où les disques pressés sortent de l’usine car un imprévu s’est infiltré dans ma conception globale de ce que devait être l’objet tel que je l’avais imaginé au final… en fait, la fin d’un projet qui me tenait à coeur, sorte de parenthèse qui fera sans doute figure d’ovni aux yeux des personnes qui ne me connaissent qu’au travers de ma musique, un soulagement aussi d’avoir mené l’enfant à terme si je puis m’exprimer ainsi et ce malgré les obstacles qu’il m’a fallu franchir et les déceptions personnelles relatives à cet album et pour lesquelles j’ai, comme on dit, beaucoup pris sur moi…

    Pour donner voix aux sans voix, tu as démultiplié ta voix, remplaçant une chorale à toi tout seul. Comment procèdes-tu pour mettre en place et conjuguer ces harmonies vocales ?

    Comme beaucoup, je compose une base au clavier, sur laquelle se greffe une voix, puis deux, puis trois… Les harmonies et les tessitures viennent soit naturellement, lorsque le morceau lui-même me guide dans le choix des voix et des tonalités, imaginant ce que j’aimerais ressentir en écoutant le morceau achevé, soit elles viennent lentement après plusieurs essais jusqu’à ce que LE truc se passe, l’alchimie faisant que quelque chose de quasi vivant s’opère en notre for intérieur et que l’on sait qu’on a touché le but dans la création du titre en question. Ensuite, pour étoffer un morceau, je superpose des voix d’harmonies et octaves différents pour donner l’impression d’un choeur comme dans le titre « Agnus Dei » qui comprend 21 voix. Comme je suis tout seul, je compose avec les moyens du bord, c’est-à-dire moi…

    Cet album est peut-être celui qui se rapproche le plus de la musique classique, tout en s’éloignant de l’aspect très médiéval de ton précédent « Missa XXI » (bien qu’on le ressente toujours, notamment sur « Le Flûtiste de Hamelin »). Ce choix est lié au sujet de l’album ?

    Oui et non. Oui parce que les ambiances médiévales ne collaient pas vraiment au thème ni au choix du requiem. Et non parce que l’album a été composé alors que j’écoutais beaucoup de musique classique et que je ressentais le besoin d’explorer le côté plus baroque de mes possibilités vocales. Tout cela a été en fait assez naturel, je ne savais pas vraiment où j’allais, mais quelque chose me guidait inéluctablement dans cette voie et dans ces voix. Ainsi le côté plus «classique» s’est imposé de lui-même.

    Pour ce qui est des clins d’œil et des citations (on ne m’a pas envoyé le livret, mais il me semble qu’il y a des reprises, dont la sublime version de « Ich würd auf meinem Pfad » de Mozart version haute-contre proche des ambiances à la Peter Greenaway), comment as-tu opéré tes choix ?

    Je me suis en fait inspiré de ce que j’écoutais lors de la maturation de l’album, quelques titres classiques se sont imposés (dans la limite de ce que je pouvais interpréter compte tenu de mes possibilités vocales, j’entends) dont le «Ich würd auf meinem Pfad…» auquel tu fais allusion et que je me suis bien réapproprié (!!!), mais aussi le titre traditionnel «Ich hab’ die Nacht getraümet…». Aussi quelques lectures ont fait écho avec mes ressentis et souhaits du moment, d’où l’utilisation d’un texte de Victor Hugo ou d’un passage remanié extrait du livre de Charles Patterson «Un Eternel Treblinka».

    Le contraste entre la douceur apaisée des compositions (« Iguana Paradiso » par exemple) et la violence du propos crée un décalage ironique intéressant et plus cruel encore, qui renvoie à ce que disait un compositeur de musiques de films comme Riz Ortolani, et que des images violentes étaient bien plus violentes encore quand on les mêlait à une musique douce. As-tu souhaité travailler sur ce décalage ?

    Je suis content que tu me poses cette question, car effectivement, c’est ainsi que j’ai procédé, me refusant à emprunter les sentiers battus. Il aurait été plus évident, vu le thème, d’user de samples de cris d’animaux torturés, ou de sons plus industriels poussés à l’inaudible… D’ailleurs, les rares titres sur lesquels je m’essaie à cette approche sont plus lourds et pas forcément ceux que les gens préfèrent. La situation actuelle de l’exploitation des animaux non-humains me plonge davantage dans une mélancolie et une tristesse -toutes deux bien sûr nimbées de révolte parfois- que dans un état de croisade permanent. De ce fait, les titres sonnent plus nostalgiques voire désespérés que belliqueux et révoltés… Concernant l’ironie dont tu fais mention, notamment avec le titre « Petite promenade dominicale »(*), je pense que si nous -vegans et autres défenseurs de la cause animale- n’avons point un brin d’auto-dérision, alors nous sommes bons pour nous foutre àla Seine. Il ne se passe pas un seul jour sans que nous ne soyons confrontés à la triste mais bien réelle « marginalité » de notre éthique, il nous faut donc souvent vivre face à cette cruauté qui nous entoure au quotidien ; sans une once de recul, ce serait invivable.

    « Iguana Paradiso » est un titre en hommage à mon compagnon iguane que j’ai sauvé d’une mort certaine et qui a partagé 11 années de ma vie… alors que je lui donnais à peine quelques mois lorsque je l’ai vu dans une animalerie et que j’ai décidé de lui donner une chance de s’en sortir… Il m’a quitté en septembre 2008, j’étais alors en pleine composition de l’album… Quant à (*), petit, j’allais le dimanche me promener dans la forêt avec mon père, chasseur, et ladite promenade était rythmée par des coups de fusil pour dégommer ici un faisan, là un lapin ou un chevreuil…

    On ressent un certain lyrisme gothique dans tes compositions, comme il a pu se développer à la fin des années 80 et au début des années 90 avec des formations comme Sopor Aeternus, Ataraxia, Rosa Crux ou les plus obscurs Artwork et Renaissance Noire, eux-mêmes marqués par Dead Can Dance auquel le titre « Al Ahrmen Dian’ » semble faire référence (on pense à « Dreams made flesh » en particulier). Ce sont tes origines musicales ?

    Bon choix, tu ne cites ici que des groupes que j’affectionne… Sopor pour sa capacité à se créer un univers complètement hors du temps et fantasmé, Ataraxia pour les quelques 20 années d’amitié qui nous lient Francesca (et donc le groupe) et moi, Rosa+Crux pour l’hermétisme et la rigueur dans l’esthétisme de leurs productions, Artwork pour le côté baroque de certains morceaux et le phrasé d’Oswald Henke… (me souviens d’un magnifique titre de ce groupe intitulé «Staub» dont les paroles en allemand étaient assez crues et d’un concert de ce groupe en Belgique, période 94/97…), Renaissance Noire qui promettait et avec qui j’étais en contact début 1990, puis Thierry a subitement disparu après leur concert de l’Arapaho en 95… Concernant Dead Can Dance, il est évident qu’avec l’utilisation du Yan’t'chin, il y a peut-être un peu de Dreams Made Flesh dans mon titre Al Ahrmen’ Dian Dö, mais sans volonté aucune de faire du DCD, juste parce que les sonorités de cet instrument évoquent immédiatement Lisa et Brendan. Mes origines musicales sont en partie là, oui, mais tout autant issues de groupes comme Kastriete Philosophen, Life Garden, Cocteau Twins, Ordo Equitum Solis, Orchis, Malicorne, Christian Wolz, Revolutionary Army of The Infant Jesus… pour m’arrêter là dans la liste non exhaustive de ce que j’apprécie.

    Qu’envisages-tu suite à cet album ?

    Soit partir vivre sur une île que j’aurai achetée avec les royalties touchées sur les ventes de cet album, soit essayer de rester en vie, ici, et faire ce que j’ai à faire du mieux qu’il me sera possible de le faire…

    http://www.facebook.com/pages/OMNE-DATUM-OPTIMUM/131662940242355

    http://www.myspace.com/omnedatumoptimum

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    Lien de l'interview : http://www.obskuremag.net/articles/omne-datum-optimum/

  • Cahiers de L'Herne spécial Colette : l'animalité de l'écrivaine au sommaire

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    Les Cahiers de L'Herne viennent de faire paraître leur n° 97, consacré à Colette :

     
    J'ai eu l'honneur de participer à ces Cahiers et j'en suis d'autant plus heureuse que j'ai évidemment consacré mon texte aux rapports intimes que l'écrivaine entretenait avec les animaux au point de se dire elle-même animale, faisant éclater, bien avant tout le monde, les frontières illusoires entre humains et non-humains.

    On peut déceler chez l'auteure de La Naissance du jour les prémices de l'antispécisme contemporain.

    Bien qu'elle ne soit pas devenue végétarienne (et moins encore végétalienne), n'ayant pas eu le courage de mettre en oeuvre ses propres convictions, du moins en eut-elle la tentation éthique, qu'elle avoue en toutes lettres et qui fut - et continue d'être - ignorée par les lecteurs et les critiques au profit d'un banal et bénin "amour des animaux" et d'une "gourmandise" contradictoire, tant il est plus facile de reconnaître dans un écrivain ce qui l'identifie à la majorité que ce qui l'en distingue.

    Or il ne faisait pas de doute, aux yeux de Colette, que les animaux étaient des personnes au strict sens du mot, et donc des êtres pourvus de droits.

    Le fait qu'on m'ait sollicitée en connaissance de cause prouve que les directeurs de ces Cahiers (que je remercie pour leur sensibilité et leur ouverture d'esprit) ont compris à quel point l'égalité animale était un sujet capable de revitaliser l'appréhension d'une oeuvre trop souvent considérée comme appartenant à un passé révolu : l'esprit visionnaire de Colette quant à la condition des animaux prouve au contraire son extrême modernité.
     


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  • Lars Von Trier, cinéaste assassin

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    On connaissait Lars Von Trier pour son idéologie misogyne (d'une violence rarement atteinte au cinéma).

    Il est temps de dévoiler une autre des facettes de ce réalisateur : un âne a réellement été tué pour les "besoins" dramatiques de son film Manderlay (2004), parabole douteuse officiellement antiraciste, officieusement raciste, posant que le bonheur, au fond, se trouve dans l'esclavage ("l'intrigue a été en partie inspirée, de l'aveu même du cinéaste, par la préface, signée Jean Paulhan, de la célèbre Histoire d'O de Pauline Réage. Paulhan y relate la révolte de Noirs, sur l'île de la Barbade, en 1838, demandant à retrouver leur statut d'esclave alors que celui-ci vient d'être aboli" : http://www.allocine.fr/film/anecdote_gen_cfilm=49149.html).

    On ne s'étonne pas des sources d'inspiration de Trier.
     
    L'acteur John C. Reilly, qui devait jouer dans le film, a finalement refusé en apprenant qu'un animal devait y être sacrifié.
     
    La scène de l'abattage de l'âne a été coupée au montage.

  • "Le crapaud", Victor Hugo

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    Le crapaud

    Que savons-nous ? qui donc connaît le fond des choses ?

    Le couchant rayonnait dans les nuages roses ;
    C'était la fin d'un jour d'orage, et l'occident
    Changeait l'ondée en flamme en son brasier ardent ;
    Près d'une ornière, au bord d'une flaque de pluie,
    Un crapaud regardait le ciel, bête éblouie ;
    Grave, il songeait ; l'horreur contemplait la splendeur.
    (Oh ! pourquoi la souffrance et pourquoi la laideur ?
    Hélas ! le bas-empire est couvert d'Augustules,
    Les Césars de forfaits, les crapauds de pustules,
    Comme le pré de fleurs et le ciel de soleils !)
    Les feuilles s'empourpraient dans les arbres vermeils ;
    L'eau miroitait, mêlée à l'herbe, dans l'ornière ;
    Le soir se déployait ainsi qu'une bannière ;
    L'oiseau baissait la voix dans le jour affaibli ;
    Tout s'apaisait, dans l'air, sur l'onde ; et, plein d'oubli,
    Le crapaud, sans effroi, sans honte, sans colère,
    Doux, regardait la grande auréole solaire ;
    Peut-être le maudit se sentait-il béni,
    Pas de bête qui n'ait un reflet d'infini ;
    Pas de prunelle abjecte et vile que ne touche
    L'éclair d'en haut, parfois tendre et parfois farouche ;
    Pas de monstre chétif, louche, impur, chassieux,
    Qui n'ait l'immensité des astres dans les yeux.
    Un homme qui passait vit la hideuse bête,
    Et, frémissant, lui mit son talon sur la tête ;
    C'était un prêtre ayant un livre qu'il lisait ;
    Puis une femme, avec une fleur au corset,
    Vint et lui creva l'œil du bout de son ombrelle ;
    Et le prêtre était vieux, et la femme était belle.
    Vinrent quatre écoliers, sereins comme le ciel.
    – J'étais enfant, j'étais petit, j'étais cruel ; –
    Tout homme sur la terre, où l'âme erre asservie,
    Peut commencer ainsi le récit de sa vie.
    On a le jeu, l'ivresse et l'aube dans les yeux,
    On a sa mère, on est des écoliers joyeux,
    De petits hommes gais, respirant l'atmosphère
    À pleins poumons, aimés, libres, contents ; que faire
    Sinon de torturer quelque être malheureux ?
    Le crapaud se traînait au fond du chemin creux.
    C'était l'heure où des champs les profondeurs s'azurent ;
    Fauve, il cherchait la nuit ; les enfants l'aperçurent
    Et crièrent : « Tuons ce vilain animal,
    Et, puisqu'il est si laid, faisons-lui bien du mal ! »
    Et chacun d'eux, riant, – l'enfant rit quand il tue, –
    Se mit à le piquer d'une branche pointue,
    Élargissant le trou de l'œil crevé, blessant
    Les blessures, ravis, applaudis du passant ;
    Car les passants riaient ; et l'ombre sépulcrale
    Couvrait ce noir martyr qui n'a pas même un râle,
    Et le sang, sang affreux, de toutes parts coulait
    Sur ce pauvre être ayant pour crime d'être laid ;
    Il fuyait ; il avait une patte arrachée ;
    Un enfant le frappait d'une pelle ébréchée ;
    Et chaque coup faisait écumer ce proscrit
    Qui, même quand le jour sur sa tête sourit,
    Même sous le grand ciel, rampe au fond d'une cave ;
    Et les enfants disaient : « Est-il méchant ! il bave ! »
    Son front saignait ; son œil pendait ; dans le genêt
    Et la ronce, effroyable à voir, il cheminait ;
    On eût dit qu'il sortait de quelque affreuse serre ;
    Oh ! la sombre action, empirer la misère !
    Ajouter de l'horreur à la difformité !
    Disloqué, de cailloux en cailloux cahoté,
    Il respirait toujours ; sans abri, sans asile,
    Il rampait ; on eût dit que la mort, difficile,
    Le trouvait si hideux qu'elle le refusait ;
    Les enfants le voulaient saisir dans un lacet,
    Mais il leur échappa, glissant le long des haies ;
    L'ornière était béante, il y traîna ses plaies
    Et s'y plongea, sanglant, brisé, le crâne ouvert,
    Sentant quelque fraîcheur dans ce cloaque vert,
    Lavant la cruauté de l'homme en cette boue ;
    Et les enfants, avec le printemps sur la joue,
    Blonds, charmants, ne s'étaient jamais tant divertis ;
    Tous parlaient à la fois et les grands aux petits
    Criaient : «Viens voir! dis donc, Adolphe, dis donc, Pierre,
    Allons pour l'achever prendre une grosse pierre ! »
    Tous ensemble, sur l'être au hasard exécré,
    Ils fixaient leurs regards, et le désespéré
    Regardait s'incliner sur lui ces fronts horribles.
    – Hélas ! ayons des buts, mais n'ayons pas de cibles ;
    Quand nous visons un point de l'horizon humain,
    Ayons la vie, et non la mort, dans notre main. –
    Tous les yeux poursuivaient le crapaud dans la vase ;
    C'était de la fureur et c'était de l'extase ;
    Un des enfants revint, apportant un pavé,
    Pesant, mais pour le mal aisément soulevé,
    Et dit : « Nous allons voir comment cela va faire. »
    Or, en ce même instant, juste à ce point de terre,
    Le hasard amenait un chariot très lourd
    Traîné par un vieux âne éclopé, maigre et sourd ;
    Cet âne harassé, boiteux et lamentable,
    Après un jour de marche approchait de l'étable ;
    Il roulait la charrette et portait un panier ;
    Chaque pas qu'il faisait semblait l'avant-dernier ;
    Cette bête marchait, battue, exténuée ;
    Les coups l'enveloppaient ainsi qu'une nuée ;
    Il avait dans ses yeux voilés d'une vapeur
    Cette stupidité qui peut-être est stupeur ;
    Et l'ornière était creuse, et si pleine de boue
    Et d'un versant si dur que chaque tour de roue
    Était comme un lugubre et rauque arrachement ;
    Et l'âne allait geignant et l'ânier blasphémant ;
    La route descendait et poussait la bourrique ;
    L'âne songeait, passif, sous le fouet, sous la trique,
    Dans une profondeur où l'homme ne va pas.

    Les enfants entendant cette roue et ce pas,
    Se tournèrent bruyants et virent la charrette :
    « Ne mets pas le pavé sur le crapaud. Arrête ! »
    Crièrent-ils. « Vois-tu, la voiture descend
    Et va passer dessus, c'est bien plus amusant. »

    Tous regardaient. Soudain, avançant dans l'ornière
    Où le monstre attendait sa torture dernière,
    L'âne vit le crapaud, et, triste, – hélas ! penché
    Sur un plus triste, – lourd, rompu, morne, écorché,
    Il sembla le flairer avec sa tête basse ;
    Ce forçat, ce damné, ce patient, fit grâce ;
    Il rassembla sa force éteinte, et, roidissant
    Sa chaîne et son licou sur ses muscles en sang,
    Résistant à l'ânier qui lui criait : Avance !
    Maîtrisant du fardeau l'affreuse connivence,
    Avec sa lassitude acceptant le combat,
    Tirant le chariot et soulevant le bât,
    Hagard, il détourna la roue inexorable,
    Laissant derrière lui vivre ce misérable ;
    Puis, sous un coup de fouet, il reprit son chemin.

    Alors, lâchant la pierre échappée à sa main,
    Un des enfants – celui qui conte cette histoire, –
    Sous la voûte infinie à la fois bleue et noire,
    Entendit une voix qui lui disait : Sois bon !

    Bonté de l'idiot ! diamant du charbon !
    Sainte énigme ! lumière auguste des ténèbres !
    Les célestes n'ont rien de plus que les funèbres
    Si les funèbres, groupe aveugle et châtié,
    Songent, et, n'ayant pas la joie, ont la pitié.
    Ô spectacle sacré ! l'ombre secourant l'ombre,
    L'âme obscure venant en aide à l'âme sombre,
    Le stupide, attendri, sur l'affreux se penchant,
    Le damné bon faisant rêver l'élu méchant !
    L'animal avançant lorsque l'homme recule !
    Dans la sérénité du pâle crépuscule,
    La brute par moments pense et sent qu'elle est sœur
    De la mystérieuse et profonde douceur ;
    Il suffit qu'un éclair de grâce brille en elle
    Pour qu'elle soit égale à l'étoile éternelle ;
    Le baudet qui, rentrant le soir, surchargé, las,
    Mourant, sentant saigner ses pauvres sabots plats,
    Fait quelques pas de plus, s'écarte et se dérange
    Pour ne pas écraser un crapaud dans la fange,
    Cet âne abject, souillé, meurtri sous le bâton,
    Est plus saint que Socrate et plus grand que Platon.
    Tu cherches, philosophe ? Ô penseur, tu médites ?
    Veux-tu trouver le vrai sous nos brumes maudites ?
    Crois, pleure, abîme-toi dans l'insondable amour !
    Quiconque est bon voit clair dans l'obscur carrefour ;
    Quiconque est bon habite un coin du ciel. Ô sage,
    La bonté, qui du monde éclaire le visage,
    La bonté, ce regard du matin ingénu,
    La bonté, pur rayon qui chauffe l'inconnu,
    Instinct qui, dans la nuit et dans la souffrance, aime,
    Est le trait d'union ineffable et suprême
    Qui joint, dans l'ombre, hélas ! si lugubre souvent,
    Le grand innocent, l'âne, à Dieu le grand savant.

    Victor Hugo, La Légende des siècles

  • Mais pourquoi Jonathan Safran Foer ne va-t-il pas au bout de ses conclusions en devenant végan ?

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    Faut-il manger les animaux, de J. S. Foer : de la cohérence qui n'advient pas

    La parution aux Editions de L'Olivier, le 6 janvier dernier, du livre de J. S. Foer Faut-il manger les animaux ? (Eating Animals) connaît un certain retentissement en France, mais pas autant qu'il le mérite.

    La France reste la France, et Foer, dans notre beau pays, fait (encore) figure d'extraterrestre.

    L'intelligentsia hexagonale s'émeut à peine et ose sourire d'un sujet qui pourtant fait la honte de l'humanité, sans voir qu'entre elle et la civilisation qu’elle se prévaut d’incarner, le fossé se creuse inexorablement.

    Les intellectuels, en France, sont des mammouths de l'éthique.

    Alors que les pays anglo-saxons développent depuis des décennies la réflexion sur les droits des animaux à l'Université (Gary Francione et Gary Steiner, pour ne citer qu'eux, sont des professeurs talentueux qui ont voué leur vie académique à cette question) et dans les arts (Joyce Carol Oates, qui fut la professeure de Foer, l'aborde en filigrane dans plusieurs de ses romans), la France persiste, signe, et stagne.

    Dans cette France-là, le simple fait de poser la question de savoir s'il est moral de manger les animaux nonhumains expose encore aux sarcasmes.

    Le fait qu'un écrivain jeune et aussi doué que S. F. Foer s'en émeuve devrait logiquement « interpeller » nombre de nos plus éminents penseurs, quoi qu'ils en aient.

    Le cynisme français quant aux propos de Foer est d'autant plus étonnant que l'auteur ne va même pas au bout de sa propre logique, qui serait de devenir végan afin de faire cesser le meurtre et la torture de centaines de milliards d'êtres sensibles chaque année, et dont le seul « tort » est de ne pas appartenir à notre espèce.

    Comme toutes les discriminations, celle-ci est également abjecte et porte un nom : spécisme.

    Dans un monde réellement civilisé, les droits fondamentaux des animaux nonhumains sensibles seront reconnus et respectés.

    Or le respect de l'autre commence par le fait de ne pas l'exploiter, le consommer ou l'utiliser de quelque manière que ce soit.

    Pour cela, une seule voie : celle du véganisme.

    On espère que J. S. Foer tirera bientôt la leçon morale de ses propres observations en devenant végan.

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    Faut-il manger les animaux ?, de Jonathan Safran Foer

    Editions de l'Olivier

    Comment traitons-nous les animaux que nous mangeons ?

    Convoquant souvenirs d’enfance, données statistiques et arguments philosophiques, Jonathan Safran Foer interroge les croyances, les mythes familiaux et les traditions nationales avant de se lancer lui-même dans une vaste enquête.

    Entre une expédition clandestine dans un abattoir, une recherche sur les dangers du lisier de porc et la visite d’une ferme où l’on élève les dindes en pleine nature, J.S. Foer explore tous les degrés de l’abomination contemporaine tout en se penchant sur les derniers vestiges d’une civilisation qui respectait encore l’animal.

    Choquant, drôle, inattendu, ce livre d’un des jeunes écrivains américains les plus doués de sa génération a déjà suscité passions et polémiques aux Etats-Unis et en Europe.

    http://www.editionsdelolivier.fr/