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Prostitution : les "salauds" de part et d'autre du Rhin ne sont pas les mêmes

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Alors qu'un mensuel français ultra conservateur (Causeur), et parfois "border-line" publie "Touche pas à ma pute", un "manifeste des 343 salauds", un autre magazine, allemand celui-là (Emma), lance un appel de 90 personnalités pour l'abolition de la prostitution dans leur pays.

Et cela, alors même qu'une proposition de loi vient d'être déposée au bureau de l'Assemblée nationale à Paris par quelques député(e)s de la majorité de gauche visant à pénaliser les clients des prostitué-es, tandis qu'en Allemagne, des Flatrate-Bordell (bordels à forfait) ouvrent tous les jours, dans ce pays où il s'agit d'une profession comme les autres, réglée et encadrée. 

Les deux systèmes, la pénalisation des clients ou la réglementation de cette activité visent toutes deux, les un-es et les autres le jurent, à protéger les "professionnel-les de la profession", en particulier celles qui sont transformées en bêtes de somme, envoyées à l'abattage pour soulager les hommes après les autres.

[...]

Je voudrais juste que les filles de joie si peu joyeuses pour elles-mêmes, venues de l'Est ou du Sud, puissent être arrachées aux trottoirs de Barbès ou aux routes nationales d'une France si peu douce aux miséreuses.

Je voudrais juste aussi que les hommes, en se revendiquant des quelques hôtesses de charme, libertines, bourgeoises esseulées ou curieuses, à la façon Bunuel de Belle de Jour, cessent de parler à la place de ces femmes-là, celles qui écartent les jambes, les fesses ou les mâchoires cinquante fois par jour, pour proclamer que "chacun a le droit de vendre librement ses charmes - et même d'aimer ça." 

Et ils ajoutent : "Qu'il nous arrive ou pas de payer pour des relations charnelles, nous ne saurions sous aucun prétexte nous passer du consentement de nos partenaires".

Et ils portent en étendard les prostituées (peu nombreuses) qui manifestent pour dire qu'elles sont "putes et fières de l'être".

Et l'on ne voit alors que ce mot : consentement.

Comment peuvent-ils réellement savoir si ces "partenaires" sont "consentantes" ?

Alors qu'elles apprennent d'abord et avant tout à simuler et à faire l'article, comme une comédienne dans un film porno, ou encore tel le commerçant du coin qui vous expliquera que vous ne trouverez pas mieux et moins cher ailleurs.

Ce texte se veut drôle, paraît-il.

L'ironie est à la mode sur ce sujet.

Dans le quotidien français Libération du 22 octobre, l'éditorialiste Luc Le Vaillant pensait être drôle en imaginant, dans une fiction intitulée "Najat, son gigolo et la pénalisation des client(e)s", Najat Vallaud Belkacem, ministre des Droits des femmes qui soutient la proposition de loi visant à pénaliser les clients des prostitué-e-s, "cédant aux sirènes d'un gigolo aux tarifs aussi gonflés que les biceps." Et cela afin que "le gouvernement PS cesse de faire assaut de puritanisme et que les projets de loi punisseurs des client(e)s de la prostitution regagnent le fond des tiroirs qu’ils n’auraient jamais dû quitter, et que les relations tarifées entre adultes consentants et autonomes puissent voir le jour dans des bordels d’Etat pour hommes et femmes."

Il ne semble pas avoir fait rire beaucoup de personnes, en tout cas ni moi, ni Thalia Breton, (qu'il apostrophe "d'ancienne porte-parole de mes chères amies d’Osez le féminisme"), et qui lui a répondu une semaine plus tard, dans le même journal, par une autre imagination (lien payant) "Luc se prostitue" :

"Quand Luc se lève le matin, il a mal aux jambes et aux mâchoires. Il a aussi mal à l'estomac, un peu tout le temps. Il a envie de dormir, d'oublier. (.../...) Luc ment pour faire croire aux clients qu'il a toujours envie, qu'il consent, qu'il est d'accord…" .

Les mâles (mais aussi des femmes) adeptes des 'échanges commerciaux ainsi consentis entre adultes émancipés' peuvent compter sur des soutiens féminins éminents : Elisabeth Levy, directrice de la rédaction du Causeur, à l'origine du manifeste des 343 salauds, et Elisabeth Badinter (cela rapprocherait-il de s'appeler Elisabeth ?).

L'appui enthousiaste de la première n'étonnera plus personne, intellectuelle passée de la gauche presque radicale au flirt avec le nationalisme façon Marine Le Pen.

L'engagement de la deuxième laisse perplexe.

Figure féministe éminente - et on se régala en son temps de sa biographie de l'une des premières scientifiques françaises, Emilie du Châtelet -, cette combattante du droit à l'avortement - ce droit même qui émergea grâce au manifeste des 343 (ces 343 courageuses qui reconnaissaient s'être fait avortées appelées ensuite salopes par Charlie Hebdo par provocation) publié en avril 1971, cinq ans avant la Loi Veil, le vrai manifeste celui-ci et pas cet avatar publicitaire , détourné façon hold-up par par Elisabeth Levy -, entend batailler pour la légalisation de la prostitution au nom du droit absolu des femmes à disposer de leur corps.

Un droit qu'elle n'entend cependant pas défendre quand il s'agit de celui des musulmanes à se voiler la tête dans l'espace public français.

Virage à 180° et franchissement du Rhin, nous voici à Cologne, au sommet d'une tour qui domine le fleuve si large à cet endroit.

Alice Swhartzer continue de régner sur l'un des fleurons de la presse féministe initiée au mitan des années 70.

Emma était alors un hebdomadaire qui tirait à des dizaines de milliers d'exemplaires et étendait son influence bien au delà des frontières allemandes.

Le magazine survit vaille que vaille, sa périodicité est plus aléatoire (tous les deux mois), mais son écho bien plus fort que sa diffusion réelle, grâce aussi à la présence médiatique de sa directrice emblématique.

Et donc, dans ce numéro du mois de novembre, ce ne sont pas 343 hommes, exclusivement blancs, qui signent un appel, mais 90 personnalités, femmes et hommes, des origines les plus diverses, à l'image de la multiplicité terrienne, qui réclament à leur gouvernement d'en finir avec la prostitution.

L'Allemagne, comme sa voisine helvète, considère, depuis 2002, que vendre son corps pour un service sexuel est un métier comme un autre, inscrit au registre du commerce ou à celui du travailleur indépendant.

Mais en mai 2013 l'hedomadaire Der Speigel consacrait, sous le titre "Le bordel allemand" un dossier à ce choix législatif pour en pointer toutes les défaillances, à commencer par la condition de ces dizaines de milliers de femmes venues principalement de l'Est pour alimenter les eros center.

La députée qui avait promu cette organisation étatique de la prostitution est elle-même revenue sur sa décision (à lire en français ici).

Les transactions, les prix, se négocient dans des boutiques éclairées pour les piétons, des parkings à sexe ou des centre commerciaux sur plusieurs étages, servez-vous, tous nos articles sont garantis…

Les signataires notent que cette loi (de 2002) qui "était censée profiter aux quelque 700.000 prostituées recensées, a dans la réalité engraisser les trafiquants et leurs lobbyistes. Depuis lors, l'Allemagne est devenue la plaque tournante de l'Europe pour le trafic de femmes et un paradis pour les touristes sexuels en provenance des pays voisins."

Et que proposent-ils pour sortir de cette indignité : "ostraciser, voire mettre à l'amende les clients potentiels, puisque sans eux, ce marché n'existerait pas."

Nous soumettons donc aux futurs 343 salauds et leurs émules hexagonaux, les questions posées par nos 90 cousins germains, certainement bien trop coincés dans leur intimité aux yeux de nos flamboyantes lumières de la pensée et de la liberté :

"La prostitution est " le plus vieux métier du monde » ? La prostitution est « un métier comme un autre » ? La prostitution existera toujours, parce que son abolition est utopique ? Faux. Aussi faux que lorsque l'abolition de l'esclavage était, il n'y a pas si longtemps encore, une utopie. Et même si l'esclavage n'a pas complètement disparu de notre monde, il serait impensable aujourd'hui dans tout Etat éclairé ou démocratique".

On attend le retour des copies le plus rapidement possible...

http://blogs.tv5.org/caravane/2013/10/les-salauds-de-part-et-dautre-du-rhin-ne-sont-pas-les-m%C3%AAmes.html

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