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Le braconnage décime les rhinocéros du Zimbabwe (Le Monde)

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Save Valley Conservancy (Zimbabwe) - Envoyé spécial

Des os éparpillés par les charognards : c'est ce qu'il reste de "Dusty", un rhinocéros de 8 ans, abattu pour ses deux cornes, il y a six mois.

"Nous sommes en bordure du parc, les braconniers ont pu s'enfuir rapidement par la route", commente un responsable qui préfère garder l'anonymat, comme la plupart des employés de Save Valley Conservancy (SVC), l'une des plus grandes réserves privées d'Afrique (3 200 km2), située dans le sud-est du Zimbabwe.

A ses pieds, le détecteur de métaux n'arrête pas de sonner.

Il fouille et retrouve coup sur coup quatre balles de kalachnikov.

"Certains chasseurs ne tirent qu'une fois, en visant le cerveau de l'animal. Ceux-là ont mitraillé", soupire-t-il.

L'écorce abîmée d'un arbre en témoigne.

A quelques centaines de mètres, il reste encore un bout de peau de "Susan", une jeune femelle.

Plus loin, on retrouve la carcasse de "Jenny".

En 2009, une dizaine de nouvelles tombes à ciel ouvert se sont ajoutées à ce cimetière sauvage.

En à peine quatre années, le Zimbabwe a perdu un quart de sa population de rhinocéros.

De 2006 à septembre 2009, 235 rhinocéros blancs et noirs ont été tués, selon un rapport de l'organisation Traffic International, qui lutte contre le commerce des espèces menacées.

Il s'agit de la moitié des braconnages de rhinocéros recensés sur tout le continent africain.

Après avoir décimé les parcs nationaux, les braconniers s'attaquent de plus en plus aux réserves privées du pays, longtemps considérées comme des refuges.

"Si cela continue, il ne restera plus un seul rhino au Zimbabwe d'ici cinq ans", enrage Raoul du Toit, directeur du Lowveld Rhino Trust, une association de protection de ces mammifères.

La demande de corne de rhinocéros, dont le commerce est pourtant interdit, n'a jamais été aussi forte.

En Asie, on attribue des vertus médicinales à cette protubérance composée de kératine, une protéine que l'on retrouve dans les ongles humains.

On en utilise des extraits pour stimuler la libido et tenter de guérir le cancer.

Des mafias organisées - notamment chinoises et vietnamiennes - ont mis en place des circuits d'exportation illégale dont le point de départ se trouve à proximité des réserves zimbabwéennes.

"Ils se rendent discrètement dans les villages, et quiconque accepte de chasser pour eux reçoit des armes, puis 3 000 à 4 000 dollars (2 200 à 3 000 euros) s'il rapporte une paire de cornes de rhinocéros, raconte un habitant.

C'est difficile de résister : il faudrait au moins vingt années de récolte pour que les paysans vivant ici gagnent autant !"

Les cornes sont ensuite transportées en catimini chez le voisin sud-africain, avant d'être expédiées vers l'Asie.

Une corne de six kilogrammes y sera en moyenne vendue 200 000 euros.

Depuis 2007, les braconniers ont considérablement renforcé leur arsenal.

"En octobre, mon équipe a surpris trois gars assis en haut de la colline, qui ont ouvert le feu avec des fusils d'assaut AK-47, raconte un chef de patrouille.

C'est devenu trop dangereux, je veux arrêter, j'ai une famille..."

Début mars, un garde a été tué dans un parc.

Depuis quelques mois, les chasseurs équipent leurs fusils de lunettes télescopiques et de silencieux.

"Le rhinocéros ne marche en moyenne que cinq kilomètres par jour, c'est une cible facile, il suffit de suivre ses empreintes", explique un garde.

Après une heure de marche, celui-ci a retrouvé un jeune rhinocéros noir d'une tonne environ, à une centaine de mètres duquel il a pu s'approcher.

Les ranchs privés qui forment Save Valley Conservancy tirent leurs revenus de la chasse au lion ou à l'antilope pratiquée par des touristes américains et européens.

Ils ont décidé de ne plus se laisser faire et parlent désormais de "guerre" contre les braconniers.

En novembre 2009, une force d'intervention rapide, composée d'une trentaine de paramilitaires, a été créée.

Elle se déploie au moindre coup de feu entendu ou trace de sang repérée.

Des chiens renifleurs pourraient bientôt être mis à contribution pour traquer les chasseurs de nuit, avant que ceux-ci ne s'échappent de la réserve.

"A terme, il nous faudrait un hélicoptère pour mieux les repérer et intervenir très rapidement", estime le responsable de la lutte contre le braconnage à SVC.

Autre méthode : un tiers des rhinocéros du parc ont été "décornés", pour limiter l'intérêt des braconniers.

Mais, dans un pays en proie depuis dix ans à une grave crise économique, les parcs publics nationaux n'ont pas les moyens de mettre en oeuvre toutes ces mesures.

L'un des membres du gang responsable de la mort de "Dusty" et de "Susan" a bien été arrêté en fin d'année.

Il a été condamné à dix-sept années de prison.

Mais c'est une exception : de 2007 à 2009, 97 % des personnes interpellées pour braconnage n'ont pas été sanctionnées, selon Traffic International.

"Les juges subissent des pressions des hommes politiques, dont certains profitent du braconnage", assure un expert.

Le ministre de l'environnement et des ressources naturelles, Francis Nhema, a récemment reconnu que des membres des forces de sécurité et du parti du président Robert Mugabe ont pu être impliqués dans le trafic.

"Pour l'instant, on ne fait que jouer avec la queue du serpent, mais il faut parvenir à lui couper la tête, sinon cela ne sert à rien de se battre sur le terrain", insiste Willy Pabst, actuellement à la tête de SVC.

La Convention internationale sur le commerce des espèces sauvages menacées (Cites), dont la conférence se tient jusqu'au 25 mars à Doha, au Qatar, doit discuter des moyens d'accroître la pression sur les autorités zimbabwéennes, pour que celles-ci renforcent la lutte contre le braconnage.

Une dizaine de rhinocéros ont déjà été abattus depuis le début de l'année.

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