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  • "Le nouvel âge de l’abolitionnisme", par Cynthia Fleury (L'Humanité)

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    La Chine, (future) patrie des droits de l’homme, vient d’interdire les cirques ne respectant pas les droits des animaux, la recrudescence de maltraitance animalière ayant alarmé les autorités.

    L’éthique animale est-elle 
le premier chemin vers une éthique humaine ? Ou bien plutôt l’inverse ? Et d’ailleurs jusqu’où respecter le droit des non-humains ?

    Même si notre métaphysique a placé au cœur et 
au sommet de son système l’homme, il n’en demeure pas moins que chez Thomas d’Aquin, déjà, la cruauté envers les animaux est dénoncée pour mieux protéger les hommes 
de leur propre cruauté.

    Au siècle des Lumières, Kant confirmera l’intuition première en formulant sa théorie des devoirs indirects :

    « Les devoirs envers les choses inanimées sont également des devoirs indirects envers l’humanité. (…) Personne ne doit détruire les beautés de la nature, car ce qui n’est d’aucun usage à l’un peut encore être utile à l’autre ».

    Il semblerait ainsi que, chez le père de l’impératif catégorique, la notion même de valeur de la nature soit inappropriée.

    « Ce n’est pourtant pas à l’égard de la chose elle-même qu’il nous faut observer ce devoir, mais à l’égard de nos semblables. »

    Dans son dernier ouvrage portant le nom de la plate-forme pétrolière offshore qui explosa dans le golfe du Mexique en 2010, provoquant la plus forte marée noire de l’histoire états-unienne (1), Stéphane Ferret rappelle ce moment indélicat de notre métaphysique occidentale, à savoir qu’elle ne concède pas une valeur en eux-mêmes aux êtres de nature mais seulement à celui qui a le pouvoir de les valoriser.

    Pourtant, ils sont nombreux comme Victor Hugo à avoir ressenti cette faille éthique :

    « Sans doute était-ce le premier devoir, écrit l’écrivain. Il fallait civiliser l’homme du côté de l’homme. La tâche est avancée déjà et fait des progrès chaque jour. Mais il faut aussi civiliser l’homme 
du côté de la nature. Là tout est à faire. »

    Depuis, force est de constater que nous accusons un profond retard venu se matérialiser dans la crise écologique.

    Si la crise écologique est donc métaphysique, c’est parce que « la sphère des existants dotés d’une capacité de valorisation ne correspond pas forcément à la sphère des existants susceptibles d’être valorisés ».

    Stéphane Ferret poursuit en tentant de substituer à nos métaphysiques anthropocentriques (christianisme, cartésianisme, humanisme) des métaphysiques plus acentriques ou polycentriques (animisme, spinozisme, darwinisme), que certains pourraient nommer aujourd’hui plus écocentriques ou biocentriques.

    Concernant l’éthique animale, le débat opposerait, quant à lui, les visions welfaristes (dite du bien-être) contre les visions abolitionnistes.

    La première s’intéresse au sort des animaux exploités ; la seconde refuse simplement l’idée même d’une légitimité à exploiter l’animal.

    Pour Tom Regan, célèbre abolitionniste, il convient, rappelle Stéphane Ferret, « d’arrêter l’utilisation des animaux dans le cadre d’expérimentations scientifiques, d’éradiquer l’élevage commercial, de prohiber la chasse et le piégeage ».

    Il ne s’agit donc pas de réformer mais simplement d’éradiquer ces pratiques.

    « Le mouvement des droits des animaux est un mouvement abolitionniste ; notre but n’est pas d’élargir les cages, mais de faire qu’elles soient vides. »

    Gary L. Francione, militant de la cause, le résume d’un seul article :

    « Tous les êtres sensibles, humains et non humains, ont un droit : le droit fondamental de ne pas être traités par d’autres comme leur propriété. »

    Of Mice and Men… Le drame n’est pas près de s’arrêter.

    (1) Deepwater Horizon, Le Seuil, 2011.

    Cynthia Fleury

    http://www.humanite.fr/08_02_2011-le-nouvel-%C3%A2ge-de-l%E2%80%99abolitionnisme-464607

    (Précision par rapport à cet article (qui a le mérite de parler de l'abolitionnisme) : Gary Lawrence Francione n'est pas un simple "militant", mais un professeur de droit, un philosophe et un théoricien : celui du véganisme abolitionniste.)