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  • « Animaux de compagnie » : les problèmes inhérents à la domestication (Gary Francione)

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    Dans la pratique, le système consistant à posséder des « animaux de compagnie » n’est absolument pas cohérent avec une théorie sensée des droits des animaux.

    Les « animaux de compagnie » sont des propriétés et, en tant que tels, la valeur qu’on leur accorde dépend finalement de ce que leurs « propriétaires » en décident.

    Mais vous pourriez demander : « Et si c’était possible ? Si, de manière hypothétique, nous changions le statut légal des chiens et des chats de sorte qu’ils ne soient plus des propriétés et acquièrent un statut proche de celui des enfants humains, continuer la reproduction des chiens et des chats (ou d’autres non-humains) et détenir des « animaux de compagnie » serait-il dès lors moralement justifiable ? »

    Ma réponse à cette question purement hypothétique est « non ».

    Nous ne pouvons justifier la perpétuation de la domestication dans l’objectif d’avoir des « animaux de compagnie ».

    Les animaux domestiqués dépendent de nous pour tout ce qui est important dans leurs vies : quand et si ils vont manger ou boire, quand et où ils vont dormir ou se soulager, s’ils obtiendront de l’affection ou s’ils feront de l’exercice, etc.

    Bien qu’on puisse dire la même chose concernant les enfants humains, la majorité d’entre eux deviennent, une fois adultes, des êtres indépendants et autonomes.

    Les animaux domestiques ne font pas réellement partie de notre monde, ni du monde des non-humains.

    Ils sont pour toujours dans un enfer de vulnérabilité, dépendant de nous en toute chose et en danger dans un environnement qu’ils ne comprennent pas vraiment.

    Nous les avons élevés afin qu’ils soient conciliants et serviles, qu’ils soient dotés de caractéristiques qui sont réellement dangereuses pour eux mais plaisantes pour nous.

    Nous pouvons les rendre heureux dans un sens, mais cette relation ne peut jamais être « naturelle » ou « normale ».

    Ils ne font pas partie de notre monde et y sont coincés, indépendamment de la façon dont nous les traitons.

    Nous ne pouvons justifier un tel système, quand bien même il serait très différent de la situation actuelle.

    Ma compagne et moi vivons avec cinq chiens sauvés, dont certains souffraient de problèmes de santé lorsque nous les avons adoptés.

    Nous les aimons beaucoup et nous efforçons de leur procurer les meilleurs soins et traitements.

    (Et avant que quelqu’un pose la question, nous sommes végans tous les sept !)

    Vous ne trouveriez probablement pas sur cette planète deux autres personnes aimant plus que nous vivre avec les chiens.

    Et nous encourageons toute personne à adopter ou accueillir autant d’animaux (de n’importe quelle espèce) qu’elle le peut de façon responsable.

    Mais s’il n’y avait plus que deux chiens dans l’univers et qu’il ne tenait qu’à nous de décider s’ils pourraient se reproduire afin que nous puissions continuer à vivre avec des chiens, et même si nous pouvions garantir que tous ces chiens auraient un foyer aussi aimant que le nôtre, nous n’hésiterions pas une seconde à mettre fin au système de possession d’« animaux de compagnie ».

    Nous considérons les chiens avec qui nous vivons comme des sortes de réfugiés, et bien que nous appréciions prendre soin d’eux, il est clair que les humains n’ont pas le droit de continuer à faire naître ces créatures dans un monde auquel ils ne sont tout simplement pas adaptés.

    Je comprends qu’un grand nombre de gens soient déconcertés par mon argumentation sur les problèmes inhérents à la domestication.

    Mais c’est parce que nous vivons dans un monde où nous tuons et mangeons 56 milliards d’animaux par an (sans compter les poissons), et où notre meilleure « justification » d’un tel acte est que nous apprécions le goût de la chair animale et des produits d’origine animale.

    La plupart d’entre vous qui lisez ces lignes ne sont probablement pas végans.

    Aussi longtemps que vous penserez qu’il est acceptable de tuer et de manger les animaux, l’argument le plus abstrait concernant leur domestication en vue de les exploiter en tant qu’ « animaux de compagnie » n’est certainement pas en mesure de faire écho en vous.

    J’en suis conscient.

    Par conséquent, prenez quelques minutes pour lire certains des nombreux autres essais de ce site qui parlent du véganisme, tels que : « Pourquoi le véganisme doit être la base du mouvement » .

    Ensuite, reconsidérez la question des « animaux de compagnie ».

    J’en discute également dans deux podcasts : Commentaire n° 2 : « Animaux de compagnie » et Commentaire n° 4 : suite d’ « Animaux de compagnie » : « Les chats non végétaliens ».

    ******

    Si vous n’êtes pas végan, s’il vous plaît, devenez-le.

    Le véganisme est une question de non-violence.

    C’est avant tout une question de non-violence envers les autres êtres sentients.

    Mais c’est aussi une question de non-violence envers la Terre et envers vous-même.

    Si vous êtes dans la capacité d’adopter ou d’accueillir momentanément un animal, s’il vous plaît, faites-le.

    La domestication est moralement condamnable, mais les animaux qui existent ici et maintenant ont besoin de nos soins.

    Leurs vies sont aussi importantes pour eux que les nôtres le sont pour nous.

    The World is Vegan! If you want it.

    Gary L. Francione
    Professeur, Rutgers University

    ©2012 Gary L. Francione

    http://fr.abolitionistapproach.com/2012/07/31/animaux-de-compagnie-les-problemes-inherents-a-la-domestication/

    Texte original : http://www.abolitionistapproach.com/pets-the-inherent-problems-of-domestication/

  • Rescapé-e-s du labo/camp de la mort GREEN HILL (Italie) : et la première fut baptisée Vegan

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    Voici quelques photos du premier jour de liberté des beagles de Green Hill... et de la première journée d'adoption.

    En premier est sortie une chienne qui était dans ce camp depuis plusieurs années, comme reproductrice, et dont les petits étaient livrés à la vivisection.

    Elle a été confiée à Giuliano, magnifique militant du "coordinamento Fermare Green Hill", collectif grâce auquel nous pouvons aujourd'hui nous réjouir.

    Il a été le premier adoptant choisi, geste symbolique de la part des autres associations chargées des adoptions, envers ce collectif.

    Cette chienne a été baptisée Vegan !...

    Voici des photos de Vegan et Giuliano...

    Bien sûr, les adoptions se poursuivent aujourd'hui encore, et maintenant nous espérons que le jugement qui doit être rendu fin août, signera la fin de ce camp maudit.

    Michèle Scharapan

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  • Menus végétaliens pour les astronautes qui partiront sur Mars en 2030

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    HOUSTON (Sipa) — En blouse blanche, des chercheurs de la NASA mesurent, remuent, mixent, puis goûtent leurs expérimentations.

    Ils préparent le menu des astronautes qui partiront sur Mars, dans les années 2030.

    Les contraintes sont importantes.

    Le menu doit répondre aux besoins de six à huit astronautes, pendant deux ans et demi.

    Le voyage vers la planète rouge dure six mois, et la mission devrait rester 18 mois sur place.

    "Pour Mars, c'est très différent, car c'est très loin", déclare Maya Cooper, chercheuse chez Lockheed Martin, en charge de l'élaboration du menu.

    "Nous ne pouvons pas envoyer une navette tous les six mois et ravitailler en nourriture, comme nous le faisons pour la Station spatiale internationale."

    Les astronautes qui partent pour la Station spatiale internationale ont le choix entre une centaine de plats, tous préparés et lyophilisés, et comestibles pendant deux ans au moins.

    Si les plats sont testés et approuvés sur Terre avant le départ, l'absence de gravité affecte le goût et l'odorat. La nourriture est fade.

    La légère gravité qui existe sur Mars permet à la NASA d'envisager un menu différent.

    Les astronautes pourront cuisiner eux-mêmes.

    Même si la pression est différente sur Mars, les chercheurs pensent que les astronautes pourront faire bouillir de l'eau avec un autocuiseur.

    L'une des pistes sur lesquelles travaillent Maya Cooper et son équipe est la mise en place d'une "serre martienne", hors-sol.

    Les fruits et légumes, des carottes aux poivrons, seraient plantés dans de l'eau minérale et non du terreau.

    Les astronautes pourraient jardiner et utiliser ces ingrédients pour préparer leurs repas.

    "Ce menu est positif parce qu'il permet aux astronautes d'avoir de vraies plantes qui poussent.

    L'apport en nutriments est optimal avec des fruits et légumes frais, et les astronautes pourront avoir une liberté de choix en cuisinant leurs propres menus, car la nourriture n'aura pas été préparée selon une recette précise", souligne Maya Cooper.

    Les menus devront fournir aux astronautes suffisamment de nutriments, minéraux et calories pour qu'ils restent en bonne santé physique.

    Et psychologique.

    [...]

    La NASA a déjà élaboré une centaine de recettes, toutes végétaliennes, car les astronautes n'auront ni viande ni laitages à bord.

    [...]

    Pour assurer un apport suffisant en protéines, les chercheurs ont ajouté du tofu ou des noix.

    Ils ont ainsi conçu une pizza thaïe sans fromage, mais avec des carottes, des poivrons rouges, des champignons, des échalotes, des cacahuètes et une sauce épicée.

    Un astronaute pourrait être entièrement dédié à la préparation des repas.

    [...]

    cf/AP-v152/ir

    http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120717.FAP5736/la-nasa-prepare-deja-les-menus-des-astronautes-qui-iront-sur-mars-dans-les-annees-2030.html

  • L'héritage de Lennox (Gary Francione)

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    Lennox en prison, avant son exécution le 11 juillet 2012

    L'héritage de Lennox

    Hier, mercredi 11 juillet 2012, Lennox, que l’on prétendait être un pitbull, a été exécuté par le Conseil Municipal de Belfast, Irlande.

    Les pitbulls sont illégaux en Irlande du Nord.

    Une campagne internationale pour sauver Lennox s’était mise en place, et la mort du chien soulève aujourd’hui l’indignation du monde entier.

    Et c’est normal.

    Ce n’est rien d’autre que de l’ignorance que de considérer les pitbulls comme méchants.

    Quiconque connaît un tant soit peu ces chiens sait qu’ils sont doux et aimants, et qu’historiquement ils avaient pour rôle d’être babysitters pour les enfants humains.

    Certains pitbulls sont-ils méchants ?

    Oui, mais ce sont des humains qui les ont rendus tels.

    Et d’après ce que j’ai lu, l’affirmation des autorités de Belfast comme quoi Lennox était méchant, ou qu’il s’avérait, pour X raison, « nécessaire » de le tuer, ne reposait sur aucune preuve.

    Mais l’histoire de Lennox a un sens plus profond.

    Le monde entier s’indigne parce qu’il n’y avait aucune justification pour procéder à son exécution.

    Le Conseil Municipal de Belfast a mal agi.

    Mais que dire des 150 millions d’animaux nonhumains — sans compter les poissons — tués chaque jour à travers le monde pour la nourriture ?

    Chacun de ces animaux est aussi innocent et vulnérable que l’était Lennox.

    Et il n’y a aucune justification non plus aux souffrances et à la mort que nous leur imposons.

    Nous tuons et mangeons les animaux parce que nous trouvons qu’ils ont bon goût ; nous avons pris cette habitude à seule fin de satisfaire notre plaisir gustatif.

    Rien de plus.

    Beaucoup de ceux et celles qui ont protesté contre l’exécution de Lennox et désapprouvent les actes du Conseil Municipal de Belfast font pourtant exactement la même chose que ce que le Conseil Municipal de Belfast a fait avec Lennox : ils décident qui va vivre et qui va mourir.

    L’indignation internationale soulevée par cette injustice montre qu’un grand nombre d’entre nous se soucient moralement des non-humains.

    Si nous pouvions transformer cette étincelle en feu, et généraliser ce souci moral de sorte que tous ceux qui sont bouleversés par la mort de Lennox puissent de la même façon s’indigner de la mort des milliards d’animaux assassinés annuellement pour la nourriture, alors nous aurions enfin un véritable mouvement pour les droits des animaux.

    Le mouvement pitoyable de la « viande heureuse », de la « consommation compassionnelle » qui existe actuellement n’a rien à voir avec les droits des animaux ; mais il a tout à voir avec la volonté de rendre les gens plus à l’aise par rapport au fait de consommer les non-humains.

    Lennox a été tué injustement.

    Ce qui est arrivé est un grand mal.

    Ceux qui s’indignent de ce qui est arrivé à Lennox doivent reconnaître que continuer à consommer les animaux ne nous rend pas différents du Conseil Municipal de Belfast.

    Si vous n’êtes pas végan, s’il vous plaît, devenez-le.

    Sensibilisez les autres de manière créative et non-violente au véganisme, et faites-leur comprendre que le véganisme est la seule réponse rationnelle à la reconnaissance du fait que les animaux importent sur le plan moral.

    Et si nous avons la possibilité d’adopter un animal sans foyer de n’importe quelle espèce, alors faisons-le.

    Si vous prévoyez d’adopter un chien, pourquoi pas un pitbull ou un chien du même genre ?

    Ce sont des chiens formidables !

    Laissons notre conscience s’éveiller à la justice pour tous les animaux nonhumains : voici le message que Lennox nous lègue.

    Gary L. Francione
    Professeur, Rutgers University
    ©2012 Gary L. Francione

    http://www.abolitionistapproach.com/the-legacy-of-lennox/

    Traduction : Méryl Pinque

  • A propos des Manifestations pour la Libération Animale et du sens du mot « abolition »

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    Cet article devait initialement paraître en début d'année dans la revue Vegmag qui entre-temps a disparu.

    Pour la première fois en France, un cycle de manifestations abolitionnistes (appelées « Manifestations pour la Libération Animale »), initié par Dominique Joron et Nathalie Breuil, a lieu depuis janvier 2012 dans plusieurs villes de France, chaque premier samedi du mois.

    L’abolition des diverses pratiques d’exploitation des animaux y est clairement revendiquée, aussi bien sur les panneaux brandis par les militants que sur le texte de présentation[1].

    Fort étrangement pourtant, le terme de « véganisme » n’apparaît pas ou apparaît peu sur les divers supports relayant l’événement, alors que le véganisme éthique constitue le fondement même du mouvement pour les droits des animaux.

    Cette absence relative d’un terme qui, en France, continue de gêner et de générer des discordes profondes au sein du « mouvement » animaliste actuel (un mouvement essentiellement welfariste, qui démontre chaque jour davantage son inutilité et son obsolescence, sinon sa totale contre-productivité), n’est pas un hasard si l’on considère que seuls les végans sont moralement justifiés à participer à ce genre de manifestations, qui sont l’occasion pour nous de rappeler ici quelques fondamentaux, à commencer par le sens du mot « abolitionnisme ».

    Le terme est né en Occident à la fin des années 1770 et désigne la lutte pour la suppression de l’esclavage des humains.

    Il qualifiera ensuite plus généralement l’ensemble des mouvements œuvrant pour le bannissement de lois, de traditions ou d’institutions telles que la peine de mort, la torture ou la prostitution.

    C’est, au XVIIIe siècle, un concept d’une nouveauté radicale, car, contrairement aux mouvements précédents qui ne faisaient que s’opposer à une pratique, qu’ils voulaient la plupart du temps simplement assouplir, l’abolitionnisme proposait en plus un modèle de société et d’économie alternatif — or nous savons à quel point l’aspect économique est capital dans l’exploitation animale.

    Dans le contexte animaliste, l’abolitionnisme vise au bannissement de toutes les pratiques d’exploitation des animaux ainsi que de leur mise à mort.

    Il vise à restituer leurs droits fondamentaux aux êtres sentients nonhumains et à les garantir de l’esclavage (c’est-à-dire du fait d’être traités comme des produits et des ressources humaines), de la souffrance et de la mort imposées.

    Par conséquent, un abolitionniste, c’est-à-dire un partisan de l’abolition de l’exploitation animale, est nécessairement végan.

    Aussi les personnes prenant part à ce cycle de manifestations abolitionnistes doivent-elles être véganes.

    Or, depuis le départ, nous entendons ici et là des « appels » à ce que même des non-végans aient le droit de militer dans le cadre de ces manifestations, au nom de la « tolérance » et de l’ « ouverture d’esprit ».

    Sur la page Facebook de l’événement, on découvre d’ailleurs, dans la liste des participants et des sympathisants, les noms de personnes non-véganes, ce qui va clairement à l’encontre de l’événement lui-même, trahit les intentions des organisateurs et fausse le sens et la portée du message abolitionniste.

    Paradoxalement, ceux qui appellent à la « tolérance » envers les non-végans sont également ceux qui n’admettent pas que l’on affirme que les mots ont un sens et que les mots sont importants.

    Ils n’admettent pas que l’on puisse dire que l’abolitionnisme exclut nécessairement les non-végans et coupent court à toute discussion sous prétexte que c’est là un débat « inutile », du « temps perdu », et qu’à la place nous devons nous « concentrer sur les animaux ».

    Or précisément, tout le problème est là : nous militons pour les animaux, et c’est bien d’eux, et seulement d’eux, qu’il s’agit.

    La philosophie végane abolitionniste est très simple et rationnelle : l’on ne peut prétendre défendre les animaux si par ailleurs on participe directement à leur exploitation en consommant des produits d’origine animale.

    Le véganisme est le seul mode de vie moralement cohérent dès lors qu’on prétend défendre les droits des animaux.

    Un « humanitaire » qui violerait les enfants qu’il est chargé de protéger ne serait plus un humanitaire, mais un exploiteur, et nul ne tolérerait qu’il participe à une marche blanche pour les droits des enfants.

    De la même façon, un « animaliste » qui consomme des produits d’origine animale n’est plus un défenseur mais un exploiteur, en ce qu’il consomme des produits qui ne peuvent être obtenus que par l’exploitation, la torture et la mort de ceux-là mêmes qu’il prétend respecter.

    Qu’il accepte ou non de le reconnaître, un exploiteur ne respecte pas l’exploité, et ne saurait décemment militer pour celui-ci ni pour la fin de son exploitation.

    Ces manifestations lancées par Dominique et Nathalie sont des manifestations abolitionnistes.

    Par conséquent, nul non-végan n'a la légitimité d'y participer — sauf si bien sûr la personne a réfléchi entre-temps à l’incohérence de son comportement, à l’absence de conformité entre ce dernier et le principe de respect de la personne animale (dont elle affirme par ailleurs reconnaître la validité), et qu’elle mette tout en oeuvre, à commencer sa propre volonté, pour devenir végane le plus tôt possible.

    Le fait que des végétariens et d’autres consommateurs de produits d’origine animale participent à une manifestation abolitionniste est, à notre sens, extrêmement grave en ce qu’il gauchit le message initial et fait croire au grand public qu’il est à la fois possible de lutter contre un problème X tout en étant à l’origine de ce même problème X.

    Il est tout à fait tragique de constater que, pour la première fois qu’en France de telles manifestations abolitionnistes sont inaugurées sur le long terme, et alors même qu’elles prennent leurs distances avec le welfarisme et les campagnes ciblées, elles se voient néanmoins trahies dans leur essence par des éléments non-végans qui n’ont rien à faire en leur sein, et « remises » malgré elles sur les rails du welfarisme traditionnel.

    A ce stade de notre article, nous devons d’ailleurs émettre une critique à l’égard du texte de présentation de ces manifestations, qui concerne la formulation de la revendication suivante :

    « Abolition des productions de viande, lait, œuf. »

    Abolir la production de produits d’origine animale ne veut rien dire.

    C’est un peu comme si vous vouliez stopper une hémorragie non pas à partir de la blessure initiale, mais du coton qui l’éponge.

    C’est parce que les gens demandent des produits d’origine animale que les exploiteurs existent.

    Tant que l’on n’aura pas aboli, en amont, la demande en produits d’origine animale, il est évident que les exploiteurs continueront d’exister en aval, pour satisfaire ladite demande.

    De même pour la prostitution : s’il n’y avait pas de « clients » en amont, il n’y aurait pas de prostitué-e-s en aval.

    Il ne sert à rien de pénaliser les proxénètes et les prostitué-e-s qui ne font que répondre à la demande de certains hommes.

    Par conséquent, l’on ne peut abolir la prostitution que si l’on rend la demande du client illégale.

    De la même façon, l’on ne peut abolir l’exploitation animale que si l’on supprime la demande en produits d’origine animale.

    Le jour où la demande baissera, voire stoppera, alors plus personne ne songera à exploiter les animaux ni à vendre le produit de leur exploitation, parce que cela ne rapportera plus rien.

    Et la seule façon de voir un jour supprimée la demande en produits d’origine animale, c’est de montrer soi-même l’exemple dès maintenant en devenant végan et en sensibilisant pacifiquement les gens au véganisme.

    Dire que l’on veut abolir la production de produits d’origine animale et non la consommation de ces mêmes produits, constitue une déresponsabilisation pure et simple du client/consommateur qui, par sa demande, crée lui-même, et à lui seul, l’exploitation[2].

    Et comme par hasard, ceux qui, au sein du « mouvement », appellent à la « tolérance » envers les non-végans sont précisément les non-végans eux-mêmes, qui voudraient — sans mauvais jeu de mots — avoir le beurre et l’argent du beurre, c’est-à-dire le droit à une conscience propre tout en continuant d’exploiter les animaux en consommant les substances issues de leurs corps (viande, œufs, produits laitiers, cuir, soie, miel, laine, etc.), ce qui est évidemment impossible.

    On ne respecte pas les animaux lorsqu’on consomme des produits d’origine animale.

    Prétendre le contraire relève de la mauvaise foi, de l’hypocrisie ou de l’ignorance.

    Même si d’aucuns peuvent choisir de nier la définition de l’abolitionnisme, il n’en reste pas moins qu’être abolitionniste, c’est œuvrer pour la fin de l’exploitation animale, et qu’œuvrer pour la fin de l’exploitation animale, c’est être végan puisqu’une personne consommant un ou des produits d’origine animale participe directement à l’exploitation et ne saurait donc, dans les faits et en philosophie, œuvrer contre.

    C’est là une question de logique pure : si vous luttez contre un problème X, vous ne pouvez parallèlement créer ou alimenter ce même problème X.

    Les abolitionnistes doivent également faire face à une autre catégorie d’opposants, plus subtils, qui peuvent être végans tout en étant partisans de la politique des « petits pas » ou encore de ce que l’on appelle en philosophie le « graduellisme », par opposition à l’ « immédiatisme ».

    Ils sont ce que Gary L. Francione nomme les « néowelfaristes », c’est-à-dire les personnes qui défendent la position selon laquelle l’amélioration graduelle du bien-être animal mènera à long terme à l’abolition de l’exploitation, qui ont foi en l’efficacité des campagnes ciblées et ne croient pas en la nécessité pratique et morale de l’approche végane abolitionniste.

    Dans le cadre de l’abolition de l’esclavage humain, les « immédiatistes » étaient de la même manière en butte aux attaques des « graduellistes », dont certains instrumentalisaient le mouvement afin de retarder l’abolition effective de l’esclavage.

    De la même manière, certains welfaristes ou néowelfaristes n’ont aucun intérêt — financier — à ce que l’exploitation animale disparaisse.

    L’exemple des partenariats entre grosses associations animalistes et exploiteurs, notamment aux Etats-Unis (mais pas seulement), en est la preuve.

    Les grosses associations animalistes n’ont aucun intérêt à ce que l’exploitation animale prenne fin parce qu’elles vivent de l’exploitation animale.

    Elles gagnent de l’argent en plébiscitant de fausses victoires pour les animaux, quand la réalité est tout autre : jamais les animaux n’ont été autant exploités qu’aujourd’hui ni en aussi grand nombre, et le welfarisme, tout comme les campagnes ciblées, ont démontré leur invalidité pratique.

    Mais si l’on veut continuer à avoir de nombreux donateurs, alors on est forcé de faire des compromis avec les exploiteurs.

    On se met à créer, avec eux, des labels viande/produits laitiers/œufs « heureux », ménageant ainsi les adhérents, qui continueront de faire de généreux dons et de consommer des produits d’origine animale en toute bonne conscience puisque les associations mêmes auxquelles ils adhèrent ont apposé leur label sur lesdits produits.

    Seulement, l’abolitionnisme refuse la mauvaise foi.

    Il refuse la bonne conscience.

    Il met les gens face à leurs responsabilités morales.

    Appeler, comme certains le font, à la « tolérance » ou à l’ « ouverture d’esprit » vis-à-vis des végétariens et des autres consommateurs de produits d’origine animale n’est rien d’autre que du spécisme, car personne ne songerait à lancer ce genre d’appel si des exploités humains étaient en jeu.

    Nul militant pour les droits des humains ne songerait à être « tolérant » envers une personne raciste, sexiste ou homophobe.

    Dire qu’il faut être tolérant envers les non-végans prouve une chose : que l’on ne prend pas les animaux tout à fait autant au sérieux qu’on le prétend, qu’on ne les juge, enfin, pas les égaux des humains.

    Etre abolitionniste, c’est nécessairement être végan, et vice-versa.

    C’est abolir la frontière illusoire qui, pour le moment, compartimente l’exploitation animale, faisant accroire aux gens que certaines formes d’exploitation sont pires que d’autres, ou qu’il existe une différence morale pertinente entre la viande et les autres produits d’origine animale.

    Or la vérité est la suivante : il y a autant de souffrance, sinon plus, dans un yaourt ou une omelette que dans un steak, et il n’est pas d’exploitation « heureuse ».

    Il ne s’agit pas de juger les non-végans, mais de les mettre face à leurs responsabilités et de leur dire la vérité, à savoir que toute consommation de produits d’origine animale implique d’exploiter, de faire souffrir et de tuer les animaux.

    Devenir végan est facile.

    C’est la moindre des choses que nous devons aux animaux, à savoir les respecter intégralement en tant qu’individus et ne pas participer à leur exploitation en consommant les produits issus de leur esclavage, de leur torture et de leur mort.

    Soyons tous des végans abolitionnistes.

    Il s’agit là d’un impératif moral dont dépendent la validité et la légitimité du mouvement.

    Reconnaître le véganisme comme la base morale du mouvement des droits des animaux ne doit souffrir aucune équivoque, et toute tergiversation, tout compromis, tout laps de temps mis entre cet impératif moral et l’action abolitionniste doit être éliminé, parce qu’on ne transige pas avec l’injustice, et qu’on ne doit pas tolérer l’intolérable.

    Méryl Pinque

    Vegan.fr


    [1] Consultable en ligne sur : https://www.facebook.com/events/228535073881497/

    [2] Nous avons conscience qu’il s’agit, dans le cas de Dominique et Nathalie, d’une erreur de formulation involontaire.